Histoire de la demonologie et de la sorcellerie: dédiée a J.-G. Lockhart (Google Books)

Procès en Écosse.—Le comte de Mar. — Lady Glammis. — William Barton.— Sorcières d’Auldearne. — Leurs rites et leurs charmes.— Leur métamorphose en lièvres. — Sévérité de Satan à leur égard. — Leurs crimes. — Opinion de sir George Mackenzie sur la sorcellerie. — Exemples d’aveux faits par des accusés par désespoir, et pour éviter la torture et la persécution. — Epreuve des épingles. — Le mode des procédures judiciaires contre les sorcières, et la nature des preuves admissibles, ouvraient la porte aux accusations, et ne laissaient aux accusés aucune chance de salut. — La superstition du clergé écossais, sous Jacques VI, le porta, comme ce monarque, à encourager les poursuites pour cause de sorcellerie.— Affaire de Bessie Graham. — Prétendue conspiration pour faire faire naufrage à Jacques pendant son voyage en Danemarck.-Réunion de sorcières, et rites qu’elles pratiquent pour accomplir leur projet. — Procès de Marguerite Barclay, en 1618. — Le major Weir. — Sir John Clerk, un des premiers qui refusèrent d’agir comme commissaires pour juger une sorcière. — Sorcières de Praisley et de Pittenweem. — Poursuite dans le comté de Caithness, empêchée par l’intervention de l’avocat du roi, en 1718. — Dernière sentence de mort pour cause de sorcellerie, prononcée en Écosse en 1722. — Restes de cette superstition. — Cas de sorcellerie supposée, rapporté d’après la propre connaissance de l’auteur, et qui eut lieu à époque aussi rapprochée que 18oo.

PENDANT bien des années, la nation écossaise se fit remarquer par sa croyance crédule en la sorcellerie, et ses annales fournissent maint exemple d’exécutions barbares qui eurent lieu en conséquence de cette fatale accusation. La connaissance que nous avons des fondations fragiles sur lesquelles Boëce et Buchanan ont élevé la première partie de leur histoire, nous porte à douter grandement qu’un roi nommé Duffar ait jamais régné en Ecosse, et encore plus que sa mort ait été occasionée par les opérations d’une bande de sorcières qui tourmentèrent une image qu’elles avaient faite pour le représenter, dans le dessein de lui ôter la vie. Dans l’histoire de Macbeth , qui est encore un ancien exemple de démonologie dans les annales d’Ecosse, les Parques, qui étaient les premières prophétesses, apparurent en songe à l’usurpateur; et elles sont décrites comme des vola, ou sibylles, plutôt que comme des sorcières, quoique Shakspeare leur ait imprimé ce dernier caractère d’une manière indélébile. Une des premières causes importantes et authentiques fondées sur la sorcellerie, fut, comme celle de la duchesse de Glocester et plusieurs autres en Angleterre, combinée avec une accusation d’une nature politique, qui, plutôt que la sorcellerie, décida du destin de l’accusé. Le comte de Mar, frère de Jacques III, roi d’Eeosse, fut soupçonné d’avoir consulté des sorciers et des sorcières sur le moyen d’abréger les jours du roi. D’après cette accusation, établie très-peu clairement, sans jugement mi condamnation, on ouvrit les veines du malheureux Mar dans sa propre demeure. Immédiatement après cette catastrophe, douze femmes d’un rang obscur et trois ou quatre sorciers, ou Warlocks, comme on les appelait, furent brûlés à Edimbourg, pour donner de la vraisemblance au crime dont le comte était accusé. En 1537, une noble dame fut victime d’une semblable accusation; — Jeannette Douglas, lady Glammis qui, avec son second mari et plusieurs autres, fut accusée d’avoir voulu faire périr Jacques par le poison, dans le dessein de relever la famille Douglas, dont le comte d’Angus, frère de lady Glammis était le chef. Elle mourut, objet de la compassion du peuple, qui semble avoir cru que l’accusation intentée eontre elle avait été imaginée pour lui ôter la vie, ses parens et son nom même étant odieux au roi. Avant l’exécution de cette dame, il paraît qu’il n’y eut que peu de condamnations à mort prononcées pour cause de sorcellerie, quoique le manque de registres des cours de justice nous laisse dans l’incertitude à cet égard. Mais à la fin du quinzième siècle, et au commencement du seizième, quand de semblables accusations devinrent générales dans toute l’Europe, des cas de cette nature se présentèrent fréquemment en Ecosse ; et, comme nous l’avons déjà dit, ils offrirent quelquefois un caractère particulier. A la vérité, il règne une certaine monotonie dans les histoires de ce genre. L’au

teur du mal détermine ordinairement ses vassaux à se vendre à lui à très-bas prix; et ayant communément affaire à des femmes, il leur fait faire de très-mauvais marchés. Au contraire, quand il lui plut de jouer le rôle de femme, dans un cas semblable, il donna à son galant, nommé William Barton, une fortume qui n’allait à rien moins que quinze livres ; ce qui, même en supposant que ce ne fût que quinze livres d’Ecosse “, était un présent très-libéral, comparé à sa conduite parcimonieuse à l’égard du beau sexe, en pareille occasion. Il me lui donna même pas de fausse monnaie ; au contraire, il fit généreusement présent d’un marc à Barton, pour qu’il pût conserver intégralement ses quinze livres. En faisant des remarques sur la conduite de Satan dans cette affaire, maître George Sinclair dit qu’il est heureux qu’il ne soit permis que rarement à l’ennemi du genre humain d’offrir de si grands moyens de séduction (15 livres d’Ecosse !), sans quoi il trouverait peu d’hommes et de femmes capables de résister à sa munificence. Je regarde cette réflexion comme une des plus sévères qu’ait pu suggérer la pauvreté de nos ancêtres. Dans un grand nombre de procès de sorcières, en Ecosse, la superstition du nord est d’accord avec celle de l’Angleterre sur la description du palais de Satan et des sabbats qu’il y célèbre. Mais les aveux de quelques sorcières s’écartent des répétitions monotones des autres, et y ajoutent quelques circonstances plus bizarres que celles qu’on y trouve en général. Ceux d’Isobel Gowdie, dont nous avons déjà parlé, sont extrêmement détaillés, et l’on peut en citer au moins quelques parties ; car ils contiennent d’autres passages qui ne sont nullement édifians. Les sorcières d’Auldearne, suivant cette femme repentante, étaient si nombreuses qu’elles étaient divisées en escouades ou covines *, comme on les ap

(1) La livre d’Écosse ne vaut qu’environ une livre tournois ou un franc, tandis que celle d’Angleterre en vaut quelque chose de plus que vingt-cinq. – TR. (2) Ce mot semble signifier une subdivision ou une escouade. L’arbre voisin de la façade d’un ancien château s’appelait l’arbre covine, probablement parce que le seigneur y recevait sa compagnie : « Il est seigneur de cor de chasse, et roi de l’arbre covine ; il est aimé dans les lacs de l’Occident,

mais il l’est surtout par sa propre mère. »
( Note de l’Auteur. )

pelait, et deux d’entre elles y remplissaient les fonctions d’officiers. Une de celles-ci était appelée la sille de la covine, et, comme la Nanie de Tam O’Shanter, c’était ordinairement une jolie fille que Satan plaçait près de lui, et pour qui il avait des attentions particulières, au grand dépit des vieilles sorcières, qui se trouvaient insultées par cette préférence. Quand elles étaient assemblées, elles ouvraient des tombeaux, en retiraient les cadavres, surtout ceux des enfans morts sans avoir été baptisés, et se servaient de leur chair et de leurs membres pour en faire des onguens et des baumes magiques. Quand elles voulaient s’approprier la récolte de quelque voisin, elles faisaient semblant d’en labourer le champ avec un attelage de crapauds. Ces misérables créatures tiraient la charrue, et le diable la conduisait lui-même. Les cordes de la charrue et les harnais étaient de chiendent; le soc ou le fer en était fait de la corne d’un animal châtré, et tous les membres de la covine assistaient à l’opération, priant le diable de leur transmettre tous les fruits du champ qu’ils parcouraient ainsi, et de ne laisser au propriétaire que des orties et des ronces. J’ai déjà parlé des divertissemens des sorcières et de leur artillerie. Elles entrèrent chez le comte de Murray lui-même, et dans les autres maisons qui n’étaient pas défendues contre elles par les veilles et les prières, et elles se régalèrent des provisions qu’elles y trouvèrent. Comme ces sorcières étaient les compatriotes des parques de Macbecth, le lecteur ne sera peut-être pas fâché d’avoir un échantillon de leurs charmes et des vers qui les accompagnaient, et qui ajoutaient à leur force. Elles avaient coutume de hacher la chair d’un enfant non baptisé, de la mêler à celle de chiens et de moutons, et de placer ce mélange dans la maison de ceux dont elles dévouaient le corps ou les biens à la destruction, disant en chantant :

« Nous mettons ceci dans cette maison au nom de notre seigneur le Diable. Puissent étre échaudées et brûlées les premières mains qui y toucheront ! Nous détruirons leurs habitations et leurs biens, avec les moutons et les bestiaux qui sont dans leurs étables ; et de tout le reste de leurs petites moissons, bien peu de chose entrera dans leurs greniers «

Les métamorphoses, suivant Isobel, étaient fort communes parmi ces sorcières, et elles prenaient en telles occasions les formes de corneilles, de chats, de lièvres et d’autres animaux. Isobel elle-même eut une mauvaise aventure sous la forme de lièvre. Sous ce déguisement favori, elle avait été envoyée par le diable à Auldearne, pour porter un message à ses voisines ; mais elle eut le malheur de rencontrer les domestiques de Pierre Papley de Killhill, qui se rendaient à leur travail, et qui avaient ses chiens avec eux. Les chiens poursuivirent la sorcière métamorphosée, « et je courus trèslong-temps, » dit Isobel ; « mais, étant serrée de très-près, je fus obligée de me réfugier dans ma propre maison, dont la porte était ouverte, et je me cachai derrière une caisse.» Mais les chiens arrivèrent ; ils passèrent de l’autre côté de la caisse, et Isobel ne leur échappa qu’en s’enfuyant dans une autre maison, où elle trouva un instant pour prononcer les vers qui devaient lui rendre sa véritable forme.

Trial in Scotland.-Count de Mar. – Lady Glammis. – William Barton.- Witches of Auldearne. – Their rites and charms.- Their metamorphosis into hares. – Severity of Satan towards them. – Their crimes. – Sir George Mackenzie’s Opinion on Witchcraft. – Examples of confessions made by defendants in despair, and to avoid torture and persecution. – Proof of pins. – The mode of the witch-court proceedings, and the nature of the admissible evidence, opened the door to the charges, and left the accused no chance of salvation. The superstition of the Scottish clergy, under James VI, carried him, like this monarch, to encourage prosecution for witchcraft.Case of Bessie Graham. – The alleged conspiracy to shipwreck Jacques during his trip to Danemarck.-Meeting of witches, and rites they practice to accomplish their project. – Trial of Marguerite Barclay, in 1618. – Major Weir. – Sir John Clerk, one of the first who refused to act as commissioners to judge a witch. – Witches of Praisley and Pittenweem. – Pursuit in Caithness County, prevented by the intervention of the king’s advocate , in 1718. – Last sentence of death for witchcraft, pronounced in Scotland in 1722. – Remains of this superstition. – Case of supposed sorcery , reported from the author’s own knowledge, and which took place at as close a period as 18oo.

For many years, the Scottish nation was noted for its credulous belief in witchcraft, and its annals provide many examples of barbarous executions as a result of this fatal accusation. The knowledge we have of the fragile foundations on which Boëce and Buchanan have raised the first part of their history, makes us doubt very much that a king named Duffar has ever reigned in Scotland, and even more so that his death was occasioned by the operations of a band of witches who tormented an image they had made to represent him, with the intention of taking away his life. In the story of Macbeth, who is still an old example ofmonology in the annals of Scotland, the Fates, who were the first prophetesses, appeared in a dream to the usurper; and they are described as vola, or sibyl, rather than as witches, though Shakspeare impressed them indelibly. One of the first important and genuine reasons based on witchcraft, was, like the Duchess of Gloucester and many others in England, combined with an accusation of a political nature, which, rather than sorcellerie, decided the fate of the accused. Count de Mar, brother of James III, king of Eosse, was suspected of having consulted sorcerers and witches on the means of shortening the days of the king. According to this accusation, established very unclearly, without judgment or condemnation, the veins of the unfortunate Mar were opened in his own home. Immediately after this disaster, twelve women of an obscure rank and three or four wizards, or Warlocks,as they were called, were burned at Edinburgh, to give credibility to the crime of which the count was accused. In 1537 a noble lady was the victim of such a charge; – Jeannette Douglas, Lady Glammis who, with her second husband and several others, was accused of having wanted to kill Jacques by poison, with the intention of raising the Douglas family, of which the Earl of Angus, brother of Lady Glammis was leader. She died, the object of the compassion of the people, who seems to have believed that the accusation against her had been imagined to take away her life, her relations and her very name being odious to the king. Before the execution of this lady, it appears that there were few death sentences because of sorcellery, although the lack of court records leaves us uncertain about this. But at the end of the fifteenth century, and at the beginning of the sixteenth, when similar accusations became general throughout Europe, cases of this nature frequently appeared in Scotland; and, as we have already said, they sometimes offered a peculiar character. In truth, there is a certain monotony in stories of this kind. the in

he usually determines his vassals to sell himself to him at a very low price; and having common business with women, he makes them very bad markets. On the contrary, when it pleased him to play the part of a woman, in a similar case, he gave to his gallant, named William Barton, a fortume which amounted to nothing less than fifteen livres; which, even supposing that it was only fifteen pounds of Scotland, was a very liberal present, compared to his parsimonious conduct with regard to the fair sex, on such an occasion, and he even gave me no false on the contrary, he generously presented Barton with a marc so that he could keep his fifteen books in full.With remarks on the conduct of Satan in this affair, Master George Sinclair said he was happy that ‘ it is only rarely allowed to the enemy of the human race to offer such great means of seduction (15 pounds of Scotland!), otherwise he would find few men and women capable of resisting his munificence. I regard this reflection as one of the most severe that may have been suggested by the poverty of our ancestors. In a great number of witch trials, in Scotland, superstition in the north agrees with that of England on the description of Satan’s palace and the Sabbaths there celebrated. But the confessions of some witches depart from the monotonous repetitions of others, and add to it some circumstances more bizarre than those generally found there. Those of Isobel Gowdie, of whom we have already spoken, are extremely detailed, and we can quote at least some parts; because they contain other passages that are not edifians. The witches of Auldearne, following this repentant woman, were so numerous that they were divided into squads orcovines *, as they are called

(1) The pound of Scotland is worth only about one pound or one franc, while that of England is worth more than twenty-five. – TR. (2) This word seems to mean a subdivision or squad. The tree next to the facade of an ancient castle was called the covine tree , probably because the lord received his company there: “He is lord of hunting horn, and king of the covine tree; he is loved in the lakes of the West,

but it is especially so by his own mother. ”
( Note from the Author. )

and two of them served as officers. One of them was called the sille of the covine,and, like Tam O’Shanter’s Nanie, it was usually a pretty girl whom Satan placed near him, and for whom he had particular attentions, to the great spite of the old witches, who were insulted by this preference. When they were assembled, they opened tombs, removed corpses, especially those of children who had died without having been baptized, and used their flesh and limbs to make them magic ointments and balms. When they wanted to appropriate the harvest of some neighbor, they pretended to plow the field with a team of toads. These miserable creatures were pulling the plow, and the devil was driving it himself. The ropes of the plow and the harnesses were of quackgrass; the soc or the iron was made of the horn ofcovinewere present at the operation, begging the devil to transmit to them all the fruits of the field which they traversed thus, and to leave to the proprietor only nettles and brambles. I have already spoken of the entertainments of witches and their artillery. They entered the house of the Earl of Murray himself, and the other houses, which were not defended against them by the vigils and prayers, and they feasted on the provisions they found there. As these witches were the compatriots of Macbecth’s parks, the reader may not be sorry to have a sample of their charms and the verses that accompanied them, and which added to their strength. They used to chop the flesh of an unbaptised child, to mix it with that of dogs and sheep,

“We put this in this house in the name of our Lord the Devil. May the first hands that touch it be scalded and burned! We will destroy their homes and their possessions, with the sheep and cattle that are in their stables; and all the rest of their little harvests, very little will come into their granaries

Metamorphoses, following Isobel, were very common among these witches, and on such occasions they took the form of crows, cats, hares, and other animals. Isobel herself had a bad adventure in the form of a hare. Under this favorite disguise, she had been sent by the devil to Auldearne, to carry a message to her neighbors; but she had the misfortune to meet the servants of Peter Papley of Killhill, who went to their work, and who had his dogs with them. The dogs pursued the metamorphosed witch, “and I ran very long,” says Isobel; “But, being closely squeezed, I was obliged to take refuge in my own house, whose door was open, and I hid behind a box.” But the dogs arrived; they passed on the other side of the box,

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s